L’ÉGLISE PROTESTANTE GAGNE SON PARI ET GAGNE LES RUES DU CAP-HAITIEN

Quand plus rien ne répond, l’appel au divin prend place et marque toute son importance.

Marche pacifique de la Coalition des Églises Prostestantes du Grand Nord dans les rues du Cap-Haitien

Ce lundi 1er Novembre 2021 la Coalition des Églises Protestantes du Nord s’est décidée à fouler les rues. Plusieurs milliers de chrétiens ont pris les rues du Cap-Haitien, pour manifester pacifiquement contre l’insécurité, l’injustice, la vie chère, le kidnapping et l’immoralité. Face à ce mal social qui ne cesse de révéler toute sa virulence, les pasteurs se sont découverts instigateurs d’une marche symbolique contre la misère, la cherté de la vie, l’insécurité et tant d’autres maux que la société haïtienne connait depuis des siècles mais qui se sont sans doute aggravés depuis les dernières tribulations de ce début du 21e siècle haïtien. Enfin l’Eglise dit son mot, elle dit les mêmes choses mais elle porte la particularité de jouer encore sa fonction morale et son appel à la prière dite salvatrice pour sauver Haïti de sa chute inéluctable.

Dans la rue espagnole, principale artère de la ville ; un drôle d’attroupement dans des couleurs interprétant le drapeau haïtien, petits bicolores à la main, femmes, hommes et enfants secouent les mains vers le ciel qu’ils ne peuvent toucher mais où ils rêvent de vivre après le jugement dernier. Un mobile bien chargé avec des hommes devant lançant un tremolo de chants d’espérances. Ils chantent, ils crient, ils versent les larmes de l’agonie. Des filets, des sacs amarrés à la ceinture pour reprendre les moments sombres où seule l’auto-humiliation a prouvé l’humilité du pécheur. Autour de la place d’Armes du Cap-Haitien et face à la Mairie, ils se sont arrêtés dans une poussée de fatigue, la rage dans les cœurs.

Une foule colorée s’étirant sur une vingtaine de mètres danse à travers les rues les valses de  sa colère et sa misère. Les pasteurs à la tête des troupes, les appels à la béatification en faveur d’Haïti. La question des péchés et des révélations revient encore aux lèvres comme au lendemain du 12 Janvier 2010, cette fois ce n’est pas un fléau de la nature mais la volonté des hommes qui fait plonger la république dans les profondeurs d’un mal inextricable et inexplicable. Les rues quelques peu crevassées à quelques points, l’insalubrité de plusieurs coins de la rue espagnole et les piles d’immondices ont gêné quelques pas et obligé des compressions aléatoires de la foule. Mais ce lundi est un lundi de combat, il faut marcher, marcher jusqu’à la fin d’un parcours qui s’est révélé être lourd en émotions.

Autour de leur lente marche, assoiffée de la béatitude des cantiques, fidèle à leur foi, leurs pancartes exigeaient la fin de l’insécurité surtout à travers le phénomène du kidnapping qui ne cesse de grandir de jour en jour jusqu’à se révéler comme une combine qui ne connaitra jamais de fin, un maux de l’éternité. À rappeler que le groupe armé des « 400 mawozo » garde en otage des missionnaires américains venus faire don à un orphelinat haïtien et jusqu’à maintenant il n’existe aucun espoir réel que la Police Nationale d’Haïti puisse mettre fin à ce genre de scenario.

« ABA LAVI CHÈ », les lettres capitales d’un message d’un chrétien, d’un protestant. Cela fait pas mal d’années que le dollar avale la gourde sans en laisser un petit bout. Les prix des produits de première nécessité ne cessent de monter, les chiffres changent sur les étagères et les menus ne cessent de se voir réinitialisés pour répondre aux nouveaux tarifs. Sur les tables des ménages, les assiettes se réduisent à la moitié et au quart. L’ONU ne cesse d’annoncer une insécurité alimentaire grandissante parallèle à l’insécurité des gangs armés. Haïti est-elle en train de faire la somme de toutes les insécurités ?

« ABA VAKSEN LANMÒ », l’un des slogans les plus difficiles à saisir au cœur de la marche de la Coalition des Eglises Protestantes du Grabd Nord. Un combat contre les vaccins serait en cours dans la République, nos antivax se révèlent pour une fois avec un message clair sur les différentes doses accordes par les Pays du Nord a Haïti. Le problème de la confiance dans les différents vaccins contre le Covid-19 est une polémique mondiale qui divise bien des nations. Les gouvernements peine à convaincre et en Haïti c’est encore pire quand les chiffres que révèlent les autorités paraissent douteuses et que jusqu’à maintenant personne ne croit à une quelconque virulence réelle du virus sur le territoire et d’autres doutent même de son existence. « Mikwòb pa touye ayisyen », malgré le lourd bilan du choléra, il existe toujours une théorie du complot face à tout en Haïti, les népalais portent la culpabilité de cette épidémie et non le manque d’hygiène des haïtiens. Qu’il ait un comportement digne d’hygiène ou pas, la foi en l’immunité biologique et dans le divin a toujours dominé l’esprit des natifs de la première république noire.

Pour une fois l’Église protestante se prononce même sur les questions internationales et des aides. Un appel à l’auto détermination de la nation haïtienne jugée adulte et capable de s’orienter à travers ses choix politiques, économiques, sociaux et internationaux. L’idée du méchant étranger et du complot international d’une mafia sombre, indéfinie responsable de tous les macabres et du marasme haïtien. Un appel à la fin des dictées, des fausses aides, des faux discours sur Haïti qui ont amené sur des successions de drames où l’officiel et l’officieux se sont révélés les plus contradictoires.

Dans cette marche les protestants auront tout dit et les capois auront tout vu d’un genre qui rarement à autant dévoilé ses frustrations envers les autorités et envers le créateur. Fronts face à un soleil sans clémence, ils ont porté cette foi dans les rues du centre-ville le message de l’évangile mêlé à un message de société, une ribambelle de frustrations, de demandes, de doléances qui ont touchées les banques, la Digicel, les vaccins, l’insécurité et le secteur privé des affaires. Le ras-le-bol de ce 21e siècle haïtien grandit timidement, embrasse tous les secteurs de la vie nationale, un jour ce sont les banques qui font la grève, demain c’est une école, après ce sont les syndicats de transport de produits pétroliers, aujourd’hui ce sont les églises protestantes du Nord.

Le mal de ce 21e siècle haïtien gagne en nombre et fait peur de jour en jour, la crise se nourrit des hommes, des femmes et des enfants qui vivent sur le territoire comme ailleurs. Les jours défilent de plus en plus sombres mais l’espoir des jours meilleurs se dessine encore dans l’espoir des capois car chaque matin ils voient le soleil et chaque nuit ils goutent à la brise de la mer des Caraïbes.


 Alandy BLAISE

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