PHILOSOPHE, POLITOLOGUE, ECONOMISTE, HAITI DANS LES LUNETTES, DU DOCTEUR HAROLD JOSEPH PIERRE

Dr Harold Junior Joseph devant la cathédrale du Cap-Haitien.

Et s’il détenait la FORMULE pour changer non pas Haïti mais la mentalité de l’haïtien? Si cet homme, ce fils d’Haïti avait finalement mis la main sur la recette pour remettre le pays sur les rails d’un développement certain.  

Dans un entretien assez long pour SAKAPFET OKAP, le docteur en philosophie Joseph Harold PIERRE, économiste et politologue, en dit beaucoup sur sa conception d’Haïti, de la jeunesse, de ses projets et solutions envisageables.

Il nous faut des penseurs pas seulement penseurs mais aussi acteurs. Des hommes et des femmes qui puissent concrètement analyser la situation du pays sous tous les aspects et offrir des possibilités de changement pour faire naître la vie du chaos. A ce critère répond Mr Joseph Harold PIERRE, économiste, politologue et philosophe. Doctorant en Sciences Politiques à Nottingham Trent University (Royaume-Uni), Expert en macroéconomie, politiques publiques, gouvernance, démocratisation et partis politiques, il a travaillé comme consultant en Amérique latine et dans les Caraïbes pour des organisations internationales et des gouvernements.

Les icônes de la jeunesse haïtienne sont mauvaises. Est-ce réellement la raison pour laquelle à chaque fois qu’un nouveau cerveau débarque, à l’instar d’Etzer EMILE et de tous les jeunes qui sont partis étudier et rentrés au bercail, il ne peut que faire sensation? Monsieur Pierre est donc un genre de cerveau ambulant, de tête bien faite et bien pleine qui veut utiliser ses acquis pour un renouveau en Haïti. Eh oui, il est avant tout HAÏTIEN. Interviewé dans la blancheur maculée des locaux de SAKAPFET OKAP (#98, rue 19 C-D, Cap-Haïtien), ce samedi 29 janvier 2022, il a pu et su exposer son point de vue sur certaines réalités haïtiennes.

Harold Joseph Pierre

Au lieu de se demander ce qui ne va pas en Haïti, l’on devrait plutôt se demander ce qu’y va. « Rien ne va en Haïti ! » Mais tout le monde agit comme si tout était normal. Entre instabilités politico-sociales, insécurité à recrudescence, inflations excessives, crises économiques, pénurie de ressources indispensables au bon fonctionnement de la machine publique, catastrophes naturelles et paralysie de l’ordre judiciaire, on n’a toutefois pas l’impression que quelque chose se fait dans un idéal de mieux-être. Comme si l’anormalité était normale, on se lève chaque matin pour affronter la vie en dépit de ses nouvelles conditions et nos moyens maigrichons. On s’adapte, on s’efforce, on tombe dans le déni de réalité, on se plaint pendant quelques secondes, puis on s’amuse, on oublie tout et surtout on ne se révolte pas.  C’est notre zone de confort. « Alon ti pèp alèz nan mizè ! », dixit Blaze One.

Pour paraphraser le docteur Jean Price Mars, l’haïtien n’a pas changé en dépit des décennies qui se sont écoulées depuis sa fameuse définition de l’haïtien comme « un peuple qui chante et qui souffre, qui peine et qui rit, un peuple qui rit, qui danse et se résigne …. Il chante toujours, il chante sans cesse …» 

Depuis 218 ans nous pataugeons dans la boue, dans la crasse, dans la misère, dans la corruption, dans l’insécurité, dans la médiocrité de nos dirigeants, dans la passivité de nos citoyens et surtout dans la pénurie de solutions pouvant aboutir au développement durable. Mais, entre cette panoplie de politiciens (au sens haïtien), les corrompus, les soudoyés, les pilleurs du trésor public et les « je m’en fous », il existe encore d’honnêtes citoyens amoureux de la patrie qui donneraient tout pour voir l’ancienne perle des Antilles – aujourd’hui le pays le plus pauvre de l’Amérique – sous d’heureux auspices. Nombreux sont ceux qui s’activent sur la scène politique pour un avenir radieux, nombreux sont ceux qui briguent les hauts postes sans en avoir le mérite. La méritocratie n’est même pas une idée en Haïti.

C’est ça la réalité haïtienne et elle n’est pas bien difficile à cerner. La première chose qui ronge le pays selon l’économiste, c’est son système qu’il a pris le soin de qualifier de « féodo-capitaliste ». C’est une combinaison de la féodalité et du capitalisme, où la lignée demeure primordiale pour pouvoir réussir. C’est un système impliquant que nous occupons des postes et jouissons d’un ensemble de privilèges en fonction des relations que l’on peut avoir. Comme au Moyen-Age où il fallait avoir, de près ou de loin, un certain lien avec le roi pour siéger à la cour. Autrement dit, le choix des fonctionnaires n’est pas tout à fait basé sur la compétence, mais sur « c’est le p’tit cousin de monsieur un tel ».  Alors imaginez que les personnes qui ont véritablement les compétences pour gérer la chose publique et générer des profits se retrouvent au second rang et parfois même au dernier rang alors que les décisions reviennent à ceux qui ne savent parfois même pas lire et écrire, voire parler.

Autre constat, le résultat d’un peuple non éduqué est qu’il a un sérieux penchant pour l’insensé. Parce qu’il est tout bonnement inimaginable qu’un peuple puisse élire un artiste à la magistrature suprême de l’état au détriment d’une femme titulaire d’un doctorat en Sciences Politiques. Naturellement, c’est humiliant et vexant pour l’intelligence et c’est en grande partie ce qui cause la fuite des cerveaux. Ils ne sont pas valorisés en Haïti. Que feriez-vous si vous aviez un doctorat et que votre patron n’est pas à même d’apposer correctement sa signature sur un document, voire comprendre ce document ? Si nul n’est jamais prophète en son pays, il faut croire que ceux qui y restent n’ont pas la bonne nouvelle ! Aller là où vous êtes traité à votre juste valeur reste l’option numéro une des intellectuels.

Évidemment, tout le monde ne peut pas partir, tout le monde ne part pas, et ceux qui restent maintiennent vivante cette relation hybride de féodalité et de capitalisme qui empêche le pays d’avancer et l’économie de croître. Point besoin de préciser que cet amalgame n’est pas compatible au développement. Pour l’économiste, Haïti devrait adopter le capitalisme libéral, soutenant l’économie du marché parce que c’est le système qui fonctionne et qui répond à la réalité humaine. A chacun ce qui lui revient en fonction de ses capacités, à l’opposé du Communisme qui, selon lui, est irréaliste. Mais dans ce Capitalisme libéral, l’État doit nécessairement intervenir pour corriger les failles du marché. Mais quel Etat ? Au point où nous en sommes, avons-nous un État ? L’Etat Haïtien sait-il au moins qu’il est un agent économique et saura-t-il comment intervenir pour réguler les failles ? D’ailleurs, si on en croit le politologue, « L’Etat Haïtien n’existe pas ! ». Mais peut-être qu’avec un économiste au pouvoir, on peut espérer mieux.

Pour y remédier, sa solution détient deux niveaux : l’appui du blanc et un travail constant pour l’émergence d’une nouvelle opinion publique. Pour sortir le pays du chaos actuel, le soutien de l’étranger est nécessaire tant du point de vue de la sécurité que de la mise en place de politiques publiques ; et ensuite sensibiliser le peuple pour qu’il comprenne que le sur-sous-développement du pays ne dépend pas nécessairement du blanc mais de notre manière de penser, de voir et d’agir. N’ayant aucune expérience dans la politique haïtienne, Mr Harold est plutôt un chercheur et analyste de la politique de l’Amérique Latine, et de par son expérience, le politologue estime fortement qu’Haïti devrait faire la même chose. En constituant une société civile qui sert de passoire pour que n’importe qui n’arrive pas à la tête du pays, une élite intellectuelle consciente de ses responsabilités et qui les assument, une nouvelle classe économique. Mais tout ceci passe par l’émergence d’une nouvelle opinion publique. Ainsi, en changeant nos manières, des gens compétents et honnêtes dirigeront enfin le pays et ouvriront des portes aux jeunes qui sont l’avenir du pays.

L’idée selon laquelle la jeunesse devrait participer activement aux affaires de sa communauté n’est pas nouvelle et nombreux sont ceux qui la partagent. Est-ce la jeunesse qui ne veut pas participer ou est-elle chaque jour mise à l’écart ? Cette opinion tend à lutter contre la gérontocratie et pour l’émancipation de la jeunesse, mais beaucoup plus l’une que l’autre. Les uns estiment que la jeunesse est capable et prête, les autres pensent qu’elle est capable mais négligente et inexpérimentée. La jeunesse est-elle prête à endosser la responsabilité de la chose publique ? « Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre d’années. » Sommes-nous bien nés ? Pour répéter Mr Harold, nous vivons dans un monde où le pays où tu es né peut te condamner et dans un pays où la famille dans laquelle tu es né peut te condamner. Alors oui, nous sommes jeunes et compétents, mais dans ce système féodo-capitaliste, avons-nous toutes les armes en mains ?

Questionné sur le sujet, l’expert en gouvernance publique estime que l’idée selon laquelle les jeunes devraient prendre les rênes de l’administration publique n’est qu’un cliché. Parce que la seule caractéristique des jeunes est qu’ils sont plus fougueux et ont plus d’énergie mais ça ne suffit pas pour faire avancer l’administration publique, et justement ça pourrait même avoir l’effet inverse. A son avis les jeunes sont beaucoup plus exposés à l’incompétence et la corruption, mais qu’ils ont leur place dans les rouages du système, que leur participation est primordiale. « Les jeunes doivent se frayer leur chemin et s’engager davantage pour la transformation d’Haïti, et moi personnellement je suis là pour accompagner les jeunes du Cap-Haïtien pour qu’ils comprennent mieux les choses. Il revient tout naturellement aux jeunes de changer le pays, mais pour ça il faut un plus grand engagement et une meilleure formation. ».

Le meilleur parcours pour les jeunes serait d’être d’abord présent dans tous les espaces en prônant une vision nouvelle et dynamique, ensuite, une fois l’expertise acquise, ces jeunes peuvent renverser les choses. Est-ce pourquoi le politologue estime que tous les secteurs de la vie nationales, aussi bien publics que privés, doivent avoir des jeunes pour les former de manière à ce qu’ils puissent un jour prendre les rênes. Mais, ce n’est pas évident dans ce système féodo-capitaliste et c’est le grand problème. D’où la nécessité pour les jeunes désireux d’avancer de se trouver des catalyseurs comme Joseph Harold PIERRE.

Ne résidant pas en Haïti, Mr Joseph Harold PIERRE entame un périple intellectuel pour l’émergence d’une nouvelle opinion publique haïtienne au Cap-Haïtien. Jetant les bases par une conférence pour les Terminales de la ville et une formation pour les étudiants de la Faculté des Sciences Administratives de l’UNDH/UDERS-Cap, il se dit content de son séjour car les jeunes sont intelligents, dynamiques et pleins d’avenir. Oui, nous avons beaucoup d’avenir mais jusque-là peu de présent. Et SAKAPFET OKAP s’est fait une joie de le recevoir pour discuter d’un peu de tout et surtout de la ville du Cap que l’économiste juge économique, capable de générer beaucoup de fonds et d’emploi avec un démarrage touristique, accueillante, calme et surtout insalubre. On s’accroche à l’idée qu’il ne fera pas que parler.

© CHARLES D. R. Markly

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