PASCAL ADRIEN PARLE DE JEUNESSE, DE FEMMES ET D’ADMINISTRATION PUBLIQUE EN HAÏTI .

Petites analyses à huit clos délivrées par un jeune qui a connu les coulisses de l’État.

Pascal ADRIEN

Fraîchement sorti d’une causerie sur l’intégration des femmes en Haïti sur les hauteurs du Collège Notre Dame du Perpétuel Secours, Adrien Pascal voulait à tout prix reparler de femmes, de jeunes et de l’administration publique en Haïti. Entre révélations sur ses bagages personnels, différentes anecdotes sur sa vie et ses expériences dans un milieu tourmenté. Pascal a parlé de cette société, cette jungle politico-juridico-administrative qui n’a cessé depuis 1804 de se mordre la queue.

Rarement vu sous un maillot et en short depuis qu’il est devenu une personnalité publique, Adrien a porté des couleurs peu chaudes et sa paire de lunettes qu’il ne lâche jamais. À 31 ans, Adrien Pascal est au début d’une histoire prometteuse. Après les turbulences des études primaires à l’École Saint-Joseph du Cap-Haitien pour ensuite monter les marches du Collège Notre-Dame pour ses études secondaires, le jeune homme a ouvert les yeux sur un monde vaste, mais sur pays clos, fermé dans un cercle infernal. Scénario habituel d’une époque passée, scénario inévitable d’un pays centralisé, Adrien Pascal a dû se rendre à Port-au-Prince pour entamer des études de Sciences Juridiques.

Entre un passage au Parlement Jeunesse Haïtien en l’année 2012, chef de cabinet du président du Sénat Youri Latortue en 2017, porte-parole à la Primature sous Jean Henry Céant en 2018, une carrière d’écrivain lancée vers 2020 et aujourd’hui coordonnateur aux affaires politiques à Mouvement Transparence Nationale dit Toutouni Adrien Pascal nous a présenté des plaidoyers sur la jeunesse, la femme et l’administration publique haïtienne. Adrien Pascal est l’un des rares jeunes haïtiens, capois parvenu à intégrer l’administration publique haïtienne et à représenter la grande institution étatique qu’est la Primature, Adrien Pascal est pour de nombreuses personnes un modèle de réussite.

Quelles études et qu’est-ce qui a motivé ces études ?

« Dès ma terminale, j’ai décidé de me forcer et de me former à avoir l’esprit d’un législateur. Rien n’est plus important que faire des lois, de bonnes lois devant être les balises de la société. »

Ibis Jus, ibis societas ! Il n’existe pas de société sans lois, sans des règlements permettant le vivre-ensemble. Les hommes étant gouvernés par leurs passions deviendraient trop dangereux les uns envers les autres et se retrouveraient à s’entre-déchirer et s’entretuer pour répondre aux envies qui dominent leurs esprits, dans cet état de chaos où homo hominis lupus la paix et la justice ne se mesureront quand dans le tonus des poings.

‘’Ce qui est plus pénible, lorsqu’il s’agit de ratification d’un nouveau gouvernement, les députés et les sénateurs font des manipulations politiques par des manœuvres frauduleuses en vue de créer des opinions névrotiques par des charabias politiques, afin d’exiger de la présidence la négociation de postes, tels que les directions générales, ministères, délégations et recevant de très souvent des pots-de-vin, pour la ratification du Premier ministre désigné.’’ Kettny Saby, 2018

Adrien Pascal a rêvé de devenir législateur dans un pays où le mot semble ne plus valoir grand-chose. Entre narcotrafics, blanchiment et corruption les faiseurs de loi de la République d’Haïti sont aussi les hors-la-loi. Les documents relatifs au travail sur les lois pourrissent dans les tiroirs du Parlement, les élus s’entre-déchirent sur des décisions conjoncturelles. Pendant tout ce temps, le pays va mal et le peuple attend patiemment que son mal soit combattu par ceux qu’il avait votés. Pascal, savait-il tout cela l’époque ? Était-il naïf ou pensait-il pouvoir changer les choses ?

Quelles sont les forces et les faiblesses de l’administration publique haïtienne ?

Il faut à tout prix dépolitiser l’administration publique en Haïti ! L’OMRH a un travail colossal à faire en tant que vigile, cette institution se devait de surveiller et de filtrer ceux qui veulent intégrer les institutions publiques. Les réformes nécessaires doivent être mises en place concernant les retraites, les recrutements et les promotions au travers des institutions générant les services de l’État.

Bien sûr, il existe de nombreux documents dormants sur les reformes à faire, sur les concours qui devraient permettre à ce que les meilleurs étudiants intègrent l’administration publique.

Sur plus de quatre-vingt-un mille employés qui forment la fonction publique, moins de 5 % de cadres disposent d’une licence, révèle le coordonnateur général de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) Josué Pierre-Louis, lors de sa participation, ce lundi, à l’émission « Haïti Sa kap Kwit » sur la chaîne 20. Pourtant, le pays est sous-administré. Pour chaque mille habitants, Haïti dispose seulement de 8 fonctionnaires, alors que la république voisine dispose de 38 fonctionnaires pour le même nombre d’habitants. L’administration publique manque de ressources qualifiées, à en croire Josué Pierre-Louis, qui promet des efforts en cours en vue de la réformer. Worlgenson Noël, 2018

Malgré tout, il existe des institutions qui gardent encore la barre au-dessus des eaux troublées du mal haïtien, comme l’IHSI qui établit rapports, recensements et autres données chiffrées. Il y a le Ministère de l’Économie et des Finances qui semble ne plus faire l’économie donc je dirai plutôt le ministère des Finances qui s’efforce de ne pas sombrer. Le Ministère de la Planification et de la Coopération Extérieure qui garde aussi le flambeau et qui ne cesse de plonger les mains au Centre Technique de Planification et d’Économie Appliquée pour recruter ses nouveaux cadres.

À croire nos plus vieux écrivains comme Frédéric Marcelin dans le roman Thémistocle Epaminondas Labasseterre ou Fernand Hibbert dans Sénat, une certaine culture de dépouillement de l’administration publique existe en Haïti depuis nos racines. Faut-il rajouter Benoit Joachim avec les Racines du Sous-développement en Haïti ou Etzer Emile dans Haïti a choisi d’être un pays pauvre ? Le mal haïtien ne date donc pas d’hier !


Pascal n’a pas manqué de faire une histoire sociale d’un pays mangé par une bourgeoisie européenne vers le 19e et vers les débuts du 20e siècle. La conquête arabe de type syro-libanaise prend ses débuts, avec dit-il l’occupation américaine désireuse de jeter par-dessus bord les grands commerçants français, allemands, anglais nuisible à la dominance exclusive des capitaux américains. Ce sont les Duvalier qui ont ouvert surtout la grande porte aux syro-libanais. Les investisseurs européens se sont retrouvés dans un choc d’intérêts géopolitiques, une redéfinition de l’économie mondiale et nationale et ils ont tristement perdu.


Intégration et participation de la jeunesse. Pourquoi ? Comment ? Quand 
?
Aujourd’hui, la société n’offre qu’une seule option de réussite à la jeunesse haïtienne ; PARTIR. Pour réussir, il faut partir vers d’autres cieux, au minimum, il faut franchir la rivière Massacre (J’aurais bien voulu intégrer avec Pascal l’approche des possibilités laissées dans les nouvelles tendances du show-business ou peut-être même l’affaire de recrutement des jeunes dans les groupes armés comme des réussites relatives selon ceux qui sont concernés par ces cas-là.). Ce que je voudrais conseiller aux jeunes, c’est de rester et de vivre dans leur pays tout en prenant leur engagement citoyen. Je ne dirai pas qu’il faut donner la place à la jeunesse, mais que la jeunesse doit se regrouper et s’organiser pour prendre sa place. Je ne dirai pas qu’il faut donner le pouvoir à la jeunesse, mais qu’elle doit le prendre.

En Haïti, les données collectées entre avril et mai 2018 auprès de 860 jeunes de 15 à 24 ans de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince montrent qu’en moyenne deux tiers étudient seulement, ou sont en formation ; 5 % se consacrent uniquement au travail ; 8 % mènent de front études et travail. Claire Zanuso, Maud Hazan, 2019


Que pensez-vous du combat sur l’émancipation des femmes ? Je voudrais que les Haïtiens et haïtiennes comprennent que le combat pour l’émancipation, pour l’intégration et l’équité du genre est le combat de tous. Il faut un travail autour des mentalités, tous les combats de ce siècle sont en réalité culturels et économiques, il faut changer l’image de la femme et la situation économique de la femme haïtienne. Les femmes sont majoritaires à Port-au-Prince dans des institutions comme l’ONA, les femmes sont majoritaires dans la diplomatie haïtienne. Elles ne sont pas toujours cadre-dirigeant, mais elles sont en majorité ! Les femmes étudient plus. Ce qu’il faut, c’est changer la transmission des valeurs dans cette société.

En 2013,  »la représentation politique des femmes en Haïti est parmi les plus basses au monde, avec seulement 4% de femmes au parlement haïtien, soit 5.2 % »
Femmes en Démocratie, 2018


Que pensez-vous du quota de 30 % ?
Personnellement, je suis contre le quota de 30 %, mais je comprends l’initiative ou plutôt l’esprit de cette démarche qui tend à créer une certaine discrimination positive. Les femmes peuvent être à 100 %, il faut nécessairement arriver à un niveau ou la question du quota sera dépassée, car l’Haïtien saura accepter une équité réelle du genre.

Sur 1,621 candidates et candidats, admis pour participer aux élections de 2015 pour la députation, on retrouve 129 femmes, soit 8 %, par rapport à 1,492 hommes, soit 92 %.
Dans ces élections législatives de 2015, aucune femme candidate n’a été élue.
Pour les élections législatives de 2016, sur 2,029 candidates et candidats, inscrits, dont 1,767 pour la députation et 262 pour le sénat, 8 % de femmes – dont 129 candidates à la députation – et 23 au sénat ont été admis, par rapport à 92 % d’hommes, après le traitement des données.
Femmes en Démocratie, 2018



Quels sont les obstacles posés face aux femmes dans la politique en Haïti ?
La violence ! La violence est l’obstacle majeur qui est mis face aux femmes pour faire reculer chez elles toute intention de se lancer dans la chose publique. Après, il y a le dénigrement et la stigmatisation liée au sexe, il y a une utilisation excessive du genre, du sexe, les hommes tendent à tout sexualiser pour expliquer le succès des femmes dans le domaine. Sans oublier de nombreuses fois, la famille réagit négativement ; père, frère ou mari veulent voir cette femme faire marche arrière et rentrer dans le calme d’une vie apolitique.



Quel travail juridique peut libérer la femme haïtienne ?


Je pense que le travail à faire est d’abord politique. Les femmes doivent prendre le pouvoir. Je voudrais rappeler que 48e législature a fourni deux lois qui ont véritablement bouleversé l’opinion publique, la première est celui du salaire minimum, la seconde celle de la paternité responsable avec Gérandale Télusma. La société haïtienne a besoin des femmes, nous avons une société unijambiste et ceci depuis trop longtemps.



Qu’est-ce qui a changé en Haïti depuis votre enfance ?


Pour moi, rien n’a changé ! Haïti poursuit sa même longue et lente démarche de société d’exclusion. Une minorité décide de tout a nom du grand nombre sans l’accord du grand nombre et sans respect des besoins, revendications et idéaux du grand nombre. La politique de doublure en Haïti prend parce que la forme la plus habituelle de nos gouvernances depuis plus de deux siècles.

Qu’est-ce qui a changé au Cap-Haitien depuis votre enfance ?
Le Cap-Haitien est dans un processus d’imitation lente de Port-au-Prince. La ville est en train de grandir sans aucun contrôle réel des autorités, elle finira sûrement par donner une mégalopole désordonnée comme les faubourgs de la zone métropolitaine où la criminalité pourra mieux germer. Je suis dominé par une certaine nostalgie de ce que j’avais connu étant enfant quand mon père m’emmenait voir le Festival Culturel du Nord, les expositions d’objets artisanales.

Surpopulation, insalubrité et territoire sauvagement habité, plusieurs quartiers de la ville du Cap-Haïtien offrent le lugubre spectacle d’une région en déliquescence. Les bidonvilles pullulent et les populations habitant les ravines fourmillent. Plusieurs centaines de milliers d’habitants grouillent dans un espace aménagé pour 50 000.


J’aime le Cap-Haitien malgré tout « mwen toujou tande manman m ap dim sim te konn lè Okap te Okap. Pafwa ou mennen yon moun Okap epi li damou vil la men si moun sa te konn Okap lè Okap te Okap ».
Il y a des phrases que l’on ne traduise pas, dirais-je à Pascal pour ne pas omettre la dimension profonde du créole.
Comme tous les haïtiens qui vivent le mal de ce 21e siècle. Pascal s’interroge, réfléchit, analyse et dicte par moments. Il est possédé par cet « Accord Global 25 ans » qu’il préconise depuis plusieurs mois. Selon lui, il faut mettre fin aux querelles de noms et de slogans, car le vrai problème est économique, la vraie compétition internationale où Haïti se fait disqualifier est à la fois technologique et économique et tant que nous sommes incapables de le comprendre, de prendre conscience et de nous mettre au pas, nous faisons tout simplement route vers les ténèbres qui nous appellent continuellement. Abyssus abyssum invocat !

Propos recueillis par Alandy BLAISE

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