LE TOURISME HAITIEN A L’HEURE DU BILAN

Les portes du Palais Sans Souci

Journée Mondiale du Tourisme une célébration valable partout ailleurs, qu’est-ce que cela vaut chez nous ? Comment parler de Tourisme en cette année de 2021 où la migration clandestine, les conflits socio-politiques, le kidnapping et l’insécurité généré par tous les groupes armés de la zone métropolitaine, de l’Artibonite et autres points de non-droits éparpillés à travers le pays ?

Et pourtant Ariel Henry s’est prononcé fier, solide et motivé face à l’existence d’un tourisme imaginaire. L’homme qui suscite tant des divisions et de conflits à la tête d’une primature handicapée luttant à la fois contre le tiers restant du parlement, les cadres de la présidence, les partis politiques de l’opposition, et même ces partis qui avant soutenaient le pouvoir en place. Le Tourisme n’a jamais compté et ne compte pas surtout là où les luttes de pouvoir sont vives et éclatantes. Les haïtiens de la diaspora rentrent au compte-goutte dans les villes de province ou en République Dominicaine pour se tenir loin du chaos haïtien. 

Le Tourisme, est mort et s’il ne l’est pas encore, il ne tardera pas à perdre le souffle. La misère et le mal social par-dessus tout ne permet nullement à ce qu’il y ait une pensée de visiter ou de profiter de ce que nos visages auraient pu définir comme étant « l’haïtienneté ».


L’avenir du tourisme en Haïti ne saurait pas s’aligner aveuglément sur le modèle de développement prôné par les pays de la Caraïbe. Le pays a trop de ressources pour qu’il ne soit pas en mesure de définir un modèle de tourisme qui répond tant aux motivations des touristes du XXIe qu’aux besoins économiques, sociaux et environnementaux des populations et territoires concernés.


Deuxième ville du pays, dite capitale historique, mais jadis aussi capitale touristique (titre perdu au bénéfice de Jacmel), la ville du Cap-Haitien jongle tant bien que mal à tenir une importance. Entre un bord de mer à moitié présentable et un faible taux d’urbanisation et d’assainissement, seuls quelques quartiers du centre-ville sont présentables. Labadie, Cormier, le bord de mer ; derniers bastions de valeur et exotiques de la nature dont encore peuvent profiter les touristes.


En 2015, le secteur ne représente que 3.5 % du PIB, ne crée que 4 169 emplois directs (MTIC) et ne rapporte en 2016 que 504 millions de dollars US (baromètre OMT, Vol 15, août 2017). De par ces chiffres, Haïti n’est qu’un nain touristique. Évalué en chiffres, le tourisme en Haïti est effacé, le Cap-Haitien par ses hôtels avec des quantités de chambres restreintes, ses quelques bars. Les patrimoines disparaissent lentement, Vertières sous les ordures, Bois-Caïman dans la déforestation, le marché touriste se dégrade, Picolet dévasté. L’industrie touristique au Cap-Haitien est dans une agonie lente et silencieuse, elle meurt et peu la voient mourir.


Surpopulation, insalubrité et territoire sauvagement habité, plusieurs quartiers de la ville du Cap-Haïtien offrent le lugubre spectacle d’une région en déliquescence. Les bidonvilles pullulent et les populations habitant les ravines fourmillent. Plusieurs centaines de milliers d’habitants grouillent dans un espace aménagé pour 50 000.
« Chaque manifestation violente apporte son lot de conséquences. Notamment, la décision de plusieurs agences de voyages de retirer Haïti de leur liste de destinations, et les avis diffusés par certains pays comme les États-Unis déconseillant à leurs ressortissants de visiter l’Île pendant les périodes d’agitation politique. Le Ministère du Tourisme et des Industries Créatives (MTIC) a fort à faire pour changer la donne. »

Le Fort Picolet, vue latérale

Haïti est nettement toujours victime de la pauvreté comme un outil de répulsion au tourisme qui a longtemps préféré Cuba, la République Dominicaine et Porto-Rico au niveau des Grandes Antilles. Les crises et les situations politiques présentent Haïti comme un Etat instable, un Etat failli où tout se produire et où les garanties n’existent pas. C’est de cela que les investisseurs internationaux, étrangers, et même haïtiens sont peu intéressés à créer et développer des entreprises dans le pays et ainsi participer à son développement économique. Tout ce qu’Haïti peut offrir de particulier est une main d’œuvre bon marché.

« Un tour-opérateur bloque des dates 2 ans à l’avance, mais s’il ne vend pas son voyage à 8 jours du départ, ou qu’en fonction des nouvelles d’Haïti ses clients résilient leur option, il peut tout annuler. Pires, après 3 jours de barricades au Cap en novembre 2019, nous avons dû annuler un groupe qui arrivait le lendemain et rembourser intégralement ce groupe. Et devinez quoi ? La situation du Cap est redevenue normale le lendemain. C’est cette incertitude qui tue le tourisme » explique Jean Cyril Pressoir de Tour Haïti.

            L’insécurité, l’inefficacité de l’Etat haïtien, la pauvreté et le suicide écologique engagent en Haïti sont partie prenante d’une image nauséabonde d’Haïti et a ceci aucune région du pays n’y échappe réellement.

L’image du pays est coincée entre la politique qui sans cesse passe par des élections contestées, toujours épris de violences et des manifestations allant jusqu’au « dechoukay », des groupes armés profitant des périodes de crises pour augmenter leurs capacités de mainmise sur certains quartiers de la capitale, parfois pas même éloignés du Palais National. La question de la pauvreté est une factrice décisive dans la manifestation de l’intérêt et du désintérêt des touristes. La pauvreté amène son lot de caractéristiques ; insalubrité, insuffisance. Le touriste recherche un environnement plus digne que celui d’où il vient, un endroit pour se détendre. L’insécurité fait peur, il faut à tout prix protéger sa vie et ses biens, il est même arrivé que des étrangers meurent à peine sortis de l’Aéroport Toussaint Louverture.

Le marketing touristique pour renverser la perception qui ferait d’Haïti une terre hostile où l’insécurité règne en maître. C’est du moins l’avis du Président de l’Association Touristique d’Haïti (ATH), Pierre Chauvet Fils, qui intervenait, samedi, à Mirebalais dans le cadre de la FOIREEXPO, organisé par l’initiative de la société civile et ses partenaires.
 
Pour améliorer l’image de marque d’Haïti, il faut réduire la pauvreté, lancer le développement ; il faut mettre fin aux méthodes violentes des concessions politiques en Haïti. Par-dessus tout, l’insécurité est le grand combat à mener. Il faut mettre sur pied des forces légales de protection des vies et des biens.

C’est le temps aussi de la sauvegarde des patrimoines à l’établissement d’ordres structurels de guidage des touristes. Restaurer les forts, créer des activités invitant la participation d’étrangers, établir des documents et des protocoles. Créer des sommets en établissant des accords entre ministères, organisations et présenter le meilleur de ce que le Cap-Haitien, ce que le pays tout entier peut offrir. Investir dans l’hôtellerie et dans la restauration, forcer la main vers une prise de conscience écologique aux citoyens.

Il est vrai que depuis trois ans maintenant le Tourism Innovation Summit fait son petit effort dans le vaste chantier touristique du Cap-Haitien, en ramenant des touristes, des entrepreneurs et des experts en tourisme pour discuter et explorer les opportunités qu’offre ce petit coin de terre ; pour célébrer cette journée mondiale du Tourisme, nos institutions sont loin dans la course face à nos voisins de l’autre côté de l’île, quand on sait que depuis le début de la pandémie de Covid-19 les bateaux de croisière n’accoste plus au complexe de Labadie.

Alandy BLAISE

REFÉRENCES

  • www.lenouvelliste.com  Réinventer le tourisme en Haïti : les routes à thèmes et le développement durable, une opportunité à notre portée, Fernney PIOU, 2018-01-18.
  • www.lenational.org  le tourisme en Haïti, quel avenir ? Abner septembre, 01-03-2019.
  • www.oursoil.org Le Nouvelliste: Cap-Haïtien, à l’heure de l’assainissement, Dumas Macon, 16 novembre 2012
  • www.challengesnews.com  Le défi de replacer Haïti sur la carte touristique mondiale, Cossy Roosevelt, 17-04-2019
  • www.challengesnews.com Insécurité et tourisme, l’alliance impossible, Stéphanie Renauld Armand, 05-03-2019
  • www.lenouvelliste.com  Le marketing pour sauver le tourisme, Dieudonné Joachim,12-07-2011.

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