DESSALINES : L’IMAGE D’UN CHEF HAITIEN

Les morts ne parlent pas, il convient aux vivants de parler d’eux. L’haïtien porte en lui la figure de l’homme qui se bat chaque jour dans les survivances pour lui-même, de nombreuses querelles que vous croirez réelles et profondes ne sont que feux de paille. De la mort d’un homme en Haïti, on ne dira que du bien de son cadavre.

Né un 20 Septembre, dans l’année 1758 sur l’habitation « Vye Kay » sise à Cornier à la Grande –Rivière du Nord. Cela fait longtemps que la triste répétition issue d’un morceau de RAM: « Nou fete lanmò Dessalines men nou pa fete lavi Dessalines », c’est le père de la nation, mais tous nos héros paient ce même mal.

Né esclave, marqué par la violence du fouet du commandeur, Dessalines portait toute une haine féroce contre le système esclavagiste et les blancs. Depuis la cérémonie du Bois-Caïman, l’homme se retrouve lancé dans une révolte qui deviendra révolution.

Jean Jacques Dessalines

De nombreuses fois, les chefs militaires de la révolution de Saint-Domingue sont présentés comme des hommes parfaits, pour sortir de cette maladie de l’effacement et de la déification, cette fois quelques faux pas de Dessalines par cet article vous deviendront évidents.

Dessalines est porteur comme Christophe d’une certaine cruauté. Peut-on ne pas être cruel en temps de guerre ? Dessalines a toujours été porteur d’une certaine virulence que Toussaint savait allumer et éteindre selon ses besoins. Depuis la déportation de Toussaint obligeant tous ses lieutenants à jouer un double jeu gênant où la même armée indigène alimentée par les bandes marron s’est retrouvée sous les ordres de Leclerc à combattre les bandes armées des montagnes. Et Dessalines souvent trop emporté mit à dos ceux que Toussaint s’était mis à dos en essayant un retour des grands planteurs pour relancer la production des habitations, les nouveaux libres ont vu l’esclavage passer des maîtres blancs à des maîtres noirs.

L’homme vif d’avant devint subtil vers 1803 en l’absence de Toussaint Louverture, déporté et emprisonné en France. Le 1er Janvier 1804 Dessalines comprit que diriger des hommes dans la guerre et diriger des hommes dans une nation en paix n’était nullement comparable. Dessalines devint cette fois non plus l’homme prompt dans ses décisions, mais l’homme qui hésite : « Et les nègres dont les pères sont en Afrique n’auront-ils donc rien ? ». Mais Dessalines était-il prêt à tout donner aux nègres ? Pouvait-il en même temps laisser les anciens libres tout prendre ? Et enfin le soldat qui avait combattu et qui portait encore les armes ne mérite-t-il pas plus que les autres cette liberté pour laquelle il s’est battu ?

Dessalines se retrouva vite face à un combat qui gangrène toutes les nouvelles nations, les institutions et la législation n’existant pas ou manquant de fermeté la corruption s’établit. Triste formule de l’empereur : «Plumez la poule, mais ne la faites pas crier !». L’affaire de la vérification des titres de propriété est l’une des luttes les plus cruciales contre les faussaires de l’époque, tant d’hommes désireux d’acquérir la propriété entre anciens et nouveaux libres ont ressenti toute une rage contre le chef de l’Etat, quand lui s’interprétant comme étant la personnification de l’Etat amassait les hectares et les habitations. Sans oublier malgré les faiblesses du Trésor Public de l’époque, Dessalines percevait plus de 20.000 piastres par an pour subvenir aux besoins de ses concubines.

Le Massacre des Français est un cas de figure qui a annihilé l’image de l’armée indigène, aucune armée conventionnelle ne peut après avoir promis soins et protection, assassiner des hommes sans défense. Pourtant, du 22 Février au 22 avril 1804 Dessalines ordonne le massacre de la quasi-totalité des citoyens français blancs restés en Haïti. Le bilan monte jusque vers 5 000 morts. Après ce massacre il était devenu beaucoup plus difficile à la nation haïtienne de traiter avec les puissances qui ne voyaient plus que des barbares en ces révolutionnaires, Dessalines par-dessus tout était devenu le cauchemar des blancs et l’homme à abattre.

Dessalines comme Toussaint Louverture ne tarda pas à devenir un incompris, pris dans l’engrenage politique, économique et des relations internationales de l’époque, l’indépendance haïtienne tant redoutée par Toussaint qui préférait l’autonomie est devenue la bête noire des chefs de l’Etat. Comment organiser la société ? Comment organiser l’économie ? Comment développer des relations avec les pays étrangers encore esclavagistes ? Entre grande propriété étatique, une société militarisée, mais où le soldat demeure démuni tout en portant les armes et des relations internationales minées par la révolution, mais gardée par les tarifs douaniers et la corruption, Dessalines ne tarda pas à être seul contre tous.

L’échec de la Campagne de l’Est du 16 Février 1805 a pesé sur la balance, ce rêve d’unification de l’île qui ne se réalisera qu’avec Boyer était souhaité par Dessalines pour effacer toute initiative de reprise de l’île par l’autorité française. Averti d’une menace, dit-on dans la rade de Port-au-Prince, Jacques Ier est revenu sur ses pas bredouille, tuant par rage et désespoir sur son passage.

Se trouvant à Jacmel, Dessalines y vit arriver l’Espagnol Miranda, qui avait organisé une expédition en Angleterre et qui arrivait alors aux Etats-Unis pour se porter à Carthagène d’où il espérait soulever contre l’Espagne toute la Cote-Ferme comprenant la Nouvelle-Grenade et le Venezuela, son pays natal. Présenté à L’Empereur, Miranda fut bien accueilli quand il lui eut dit que son dessein était de proclamer l’indépendance dans ces contrées, de même qu’il l’avait fait en Haïti, Dessalines lui demanda quels moyens il emploierait pour réussir un si vaste projet. Miranda répondit qu’il réunirait d’abord les notables du pays en assemblée populaire et qu’il proclamerait l’indépendance par un acte, un manifeste qui réunirait tous les habitants dans le même esprit…

Dessalines répondit ce jour-là de manière cinglante à Miranda, lui prêchant que les révolutions se font dans le feu et dans le sang : « Coupez têtes, brûlez cailles ! ». Et Miranda riant, se refusant d’appliquer cette formule échoua. Mais Dessalines trop fier et trop imbu de cette formule ne tarda pas à être aux yeux des masses un tyran, cruel et assoiffé de sang.


Plus drôle encore chez la plupart des chefs de la révolution de Saint-Domingue, une fois parvenus, ils ne soutiennent plus le vaudou. Dessalines, chef des marrons, portant les talismans du vaudou, finit en devenant empereur par tourner le dos à ce culte incontrôlable, trop divers et non hiérarchisé. Le vaudou est porteur de révoltes ! Ceci dit aucun chef d’Etat haïtien ne peut le tolérer. Quand il a fallu devenir empereur, Dessalines s’est fait sacrer à la chapelle des religieuses du Cap, ceci dit, il prouve que le christianisme est la religion de l’Etat. Empressé aussi d’égaler Napoléon Bonaparte devenu empereur par le culte chrétien, Dessalines ne s’est-il pas trop plongé dans l’imitation ?



Digne combattant de la liberté, digne fils d’Haïti, l’empereur s’est égaré en chemin en trébuchant dans un engrenage politique qui le dépassait. Illettré, dit-on, mais pas sûr qu’il l’est resté jusqu’à ses derniers moments, Dessalines porte en lui l’image du guerrier indéfectible. Sur la Place d’Armes du Cap-Haitien il était possible jadis d’admirer sa statue de Bronze, se tenant face la Cathédrale de Notre-Dame jusqu’à ce qu’un fou la brise; tout comme une folle en avait enterré l’homme qu’il était et le cadavre que l’armée en avait fait.



Même environ 50 ans après sa mort, le nom de l’empereur demeure imprononçable, une terreur entourait sa vie et la même terreur entourait sa mort, le silence imposé pour effacer Dessalines de l’histoire, des lèvres et des esprits. Il est difficile à comprendre comment le père de la nation haïtienne a pu être aussi maltraité dans sa vie que dans sa mort. La révolution haïtienne a posé tant de problèmes même face à ceux qui l’ont accouché ! Le Sénat de la République avait institué par la loi du 4 Avril 1807 la date du 17 Octobre dans la catégorie des fêtes nationales. Ce jour a été défini comme fête de la liberté, jour mémorable de la chute du dernier tyran. Il a fallu attendre en 1845, Charles Rivière Hérard pour voir la réhabilitation de Dessalines.



Et c’est plus de 215 ans plus tard grâce au président Jovenel Moise décédé sans nul Charlotin Marcadieu que le 20 Septembre est devenu un jour férié encore trop timide pour être fêté. Les banques et les bureaux demeurent fermés quand les écoles trop retardées pour la cause politique et le séisme du 14 août ayant ravagé le Sud se réinventent en couleurs ou en uniformes. Tout comme le 17 Octobre 1806, la grande majorité s’est réjouie de sa mort, nous attendons encore le 17 Octobre pour nous réjouir. Nous ne cesserons de célébrer la mort avec plus d’ardeur que la naissance, que la vie. Haïti est un pays qui nage dans le besoin incessant de martyrs et de héros, les haïtiens nagent dans le besoin de blanchir ceux qui sont morts et manifestent l’indifférence face au vivant, la vie dure semble peser sur nos pensées, comme dernier martyr pour certains, comme dernier héros pour d’autres, Haïti possède Jovenel Moise et la liste ne cessera de se rallonger car le combat pour la vie et le combat pour les intérêts personnel ne peut cesser.

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Alandy BLAISE

The Walking Dead

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