LE CORONAVIRUS : DÉBAT ENTRE HUMANISTES ET EUGÉNISTES

Le lundi 31 mai 2021, le journal officiel de la République d’Haïti annonce à travers son numéro 28 la fatidique fermeture des écoles et l’état d’urgence sanitaire. Encore une fois, la terreur du confinement regagne les esprits, les couvre-feux qui dérangent, la danse des mouches s’arrête.

Depuis décembre 2019, une situation particulière déchire le monde, ce virus déclare à Wuhan pour devenir ensuite un fléau mondial est soit exacerbé selon certains soit effrayant pour d’autres. Les Etats-Unis, le Brésil et l’Inde ont sur les lèvres cette saveur particulière et fade de la mort. Quand certains gouvernements plongent leurs populations dans le confinement, la retraite et la distanciation, d’autres gouvernements jonglent entre les nécessités matérielles et les mesures sanitaires, d’autres encourent méprisent l’épidémie et ne font que peu de restrictions.

Non-content de minimiser les risques du coronavirus, le président a sapé l’autorité des agences de l’Etat fédéral chargées de lutter contre la pandémie. Les villes et les Etats fédérés ont dû prendre le relais du pouvoir central, mais l’ont fait en ordre dispersé. Il est facile de comprendre que l’ex-président américain refusait l’interprétation apocalyptique du coronavirus même s’il en avait fait un outil de campagne contre la Grande Chine. Déjà, concentré dans une guerre économique, il en avait fait une priorité plutôt que la guerre contre « l’ennemi invisible », Trump préférait surement se battre contre ce qu’il pouvait voir, mesurer et surveiller. Le « Make America Great Again » semblait ne pas avoir besoin de tous les Américains.



Dans les pays à revenu élevé comme la France, les scientifiques situent le taux de mortalité après infection Sars-CoV-2 à 1,15 % tandis que, dans les pays à revenu faible, il avoisinerait plutôt les 0,23 %.
Jair Bolsonaro minimise lui aussi le virus malgré les 4 250 décès journaliers et malgré le nouveau variant. Le système de santé brésilien s’est effondré. Les inégalités ne se sont jamais aussi bien exprimées, les Brésiliens pauvres, noirs et autochtones descendants des amérindiens sont les principales victimes du virus. L’Etat central ne cesse de faire la guerre aux pouvoirs périphériques, ne pouvant donner de réponses coordonnées face au virus, le désastre devient un théâtre nécropolitique.

La situation au Brésil est un excellent exemple de « nécropolitique » appliquée. Selon ce concept formule par Achille Mbembe, la nécropolitique est l’expression ultime du pouvoir social et politique par sa capacité à décider de qui pourra vivre et qui doit mourir. Dans cette itération, la Covid-19 est présentée comme un fait de la nature qui ne touche que les faibles.


Macron par contre s’est lancé depuis le début dans la pandémie dans une guerre sans fin, entre confinements et confinements, le gouvernement français n’a cessé de jongler entre les décisions, souvent décisions unilatérales faites sans consultation du parlement et Jean Luc Mélenchon n’a pas non plus cessé de répondre a Macron-Castex que la République ne peut redevenir une monarchie.


Lorsqu’il déclare le 16 Mars 2020, la mobilisation nationale contre le Covid-19, Emmanuel Macron endosse, à l’Elysée, l’uniforme du chef des armées sanitaires : «Nous sommes en guerre. Nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable. » Le « président des riches » se réinvente protecteur de la nation. A ce moment, il comprend que son quinquennat bascule dans l’inconnu […] Ce combat va redéfinir l’ensemble de son mandat. »


Le monde, a-t-il changé pour autant ? La politique, les sociétés, les relations internationales… Ce virus vu comme apocalyptique à ses débuts, est devenu, un mal de plus avec lequel il faudra vivre. Rappelons-nous que les tensions entre Israël et la Palestine, la guerre de Syrie, la guerre au Donbass, la compétition aux vaccins, les enchères pour les masques, les sanctions de l’Iran. Tout ce cocktail sulfureux est demeuré immuable malgré la Covid-19, les légionnaires sont encore au Sahel, Tijuana et Juarez n’ont cessé de déverser du blanc et du rouge à El Paso pour alimenter New York. Le monde demeure le même, la Covid-19 n’est qu’un livre de plus ajouté à une grande bibliothèque de mots et maux divers.

Le monde entier fait face à une crise sanitaire sans précédent due à la pandémie du Covid-19. On dénombre plus de 170 941 273 cas de coronavirus à travers le monde et 3 577 500 décès.

Les gouvernements décident depuis deux ans sur leurs priorités et pour certains le Covid n’est point sur la liste. Jovenel Moise en dernier lieu est un joueur balancé tout comme l’opposition plurielle, depuis le premier confinement mars-avril 2020. Quand le gouvernement appelle au confinement, l’opposition mobilise pour des manifestations, quand l’opposition approuve le confinement, le gouvernement lance carnaval et festivités tout en prônant sur les banderoles : « Lave men nou, kowona toujou la ».

Avec plus de 4 millions de personnes en insécurité alimentaire, la fermeture des frontières pour préserver le peuple haïtien de la pandémie risque de générer une multitude d’autres perturbations critiques.[…] Vivant au jour le jour ,les familles haïtiennes ne pourront pas demeurer dans le confinement .Même durant les locks de 2018 et 2019 ,les marchandes passaient sous les tirs et les barricades pour reconstituer leurs stocks de marchandises.

Ce que certains ignorent encore, c’est le débat qui entoure la Covid-19 au niveau mondial, entre les gouvernements qui jugent qu’il faut sauver autant de vies possibles malgré l’inefficacité des vaccins, le capitalisme de la mort qui ne cesse de s’enrichir grâce à cette pandémie dans la vente des outils tels que masques, gel hydro-alcoolique, vaccins. Une certaine velléité eugéniste étreint certains gouvernements qui fatalistes pensent qu’un certain nombre déjà condamné à la mort puisque les scientifiques tardent à trouver une solution efficace, nette pour répondre au virus et puisque la plupart des études révèlent que seulement 2 % des personnes contaminés succombent à la maladie ou à une aggravation physique quelconque.



La gestion de la crise du Covid-19 par le gouvernement haïtien prend une figure d’outillage politique, au départ soupçonné de vouloir recevoir les fonds d’assistance de l’ONU aux pays plongés dans la crise sanitaire. Conçus ensuite comme moyens de limiter, les mobilisations de l’opposition, le gouvernement mutant ne cesse de changer de cap à chaque phase, après le carnaval et les festivités, l’état d’urgence à nouveau. Et ce début de juin verra dans la controverse du referendum, 15 jours d’état d’urgence et surement avec l’augmentation inévitable des chiffres, l’état d’urgence sera renouvelé. Le référendum dans tout cela ? Et l’économie bancale haïtienne dans tout cela ?


En Haïti, le coronavirus demeure une chimère, un diable dont tout le monde parle, mais que la grande masse ignore en faisant l’autruche, le bec et la tête sous le sable. Et le gouvernement de Jovenel Moïse est tellement discrédité, soupçonné par les médias et l’opposition que rien venant de sa part n’est accepté, cautionné ou même obéi. Quand le gouvernement décrète l’État d’urgence, des écoles se cachent sous les couleurs du quotidien, des hommes et des femmes survolent les couvre-feux, des mouvements socio-politiques tiennent des mobilisations, le train-train quotidien reste parfaitement inchangé et le « diable invisible » marche lentement entre nos phalanges, nos narines et nos lèvres avec un rire microbiologique. Nous allons donc tous périr, car la misère, la politique puante, les survivances, la nécessité et notre sublimation du désordre nous rendent divisés même face à ce qu’il fallait s’unir ; la terrible fatalité de la fin, de la disparition et de la mort. Sommes-nous donc promis à une extinction silencieuse comme les Mayas ?


Pour mieux dire, il n’existe de peuple plus eugéniste que le peuple haïtien de cette tranche de 2021, il n’existe de plus eugéniste que notre classe politique moderne ; pouvoir en place et opposition compris, il n’existe plus eugéniste que la bourgeoisie actuelle,il n’existe plus eugéniste que les groupes armés G9 et autres ,il n’existe plus eugéniste que nos forces légales poltronnes qui se cachent et évoluent en groupuscules clos, il n’existe plus eugéniste que cette diplomatie de la faim qui nous sert des tonnes de riz chaque année. Car voilà dans la misère, la maladie et l’insécurité qui sévit en Haïti, il n’existe plus de place au devoir, il n’existe plus de place à la solidarité, il n’existe plus de place à la charité, il n’existe plus de place à l’unité. Il ne reste plus que ce sauve-qui-peut général, ce chacun pour soi, ce « laisser grennen » où seuls les plus forts, les plus riches, les mieux armés, les biens nés survivent.




RÉFÉRENCES
http://www.alternatives-economiques.fr Donald Trump face au Covid-19 : le déni et le chaos, Olivier Appaix ,23/10/2020
http://www.lepoint.fr Covid-19 : maladie mortelle, mais à quel point ? Gwendoline Dos Santos et Caroline Tourbe ,05/11/2020
https://theconversation.com Covid-19 au Brésil : comment Jair Bolsonaro a créé un enfer sur terre, Alfredo Saad Filho et Fernanda Feil, 29/04/2021
http://www.letemps.ch Emmanuel Macron face au Covid, un président mutant, Richard Werly ,11/03/2021
http://www.solidarite-laique.org , Haïti face au coronavirus : prévenir la catastrophe et préparer un monde plus juste, Morga

Alandy Blaise

The Walking Dead

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