Modèle à tout prix !

Le phénomène du mannequinat à Cap-Haïtien

Revenu – Rêve – Perception

Rien ne vaut le moment où on arrive à une fête, et qu’au programme, figure un défilé de mode. Ce moment où l’on se dit « Que la fête commence ! ». C’est le plus commun actuellement à Cap-Haïtien où l’on assiste à des défilés de mode aux activités interscolaires, à une première communion, à un anniversaire, et même à la fête de la paroisse.

Ce domaine, le mannequinat, reste un oublié ou plutôt un incompris par beaucoup, d’ailleurs Godson COSTUMÉ qui est coordonnateur de FAA (Family Art Agency) où il est aussi coach et danseur, a déclaré que la communauté Capoise n’est pas prête pour le Mannequinat par manque de formation et d’information après avoir soutenu que les jeunes ont du talent et la capacité et qu’ils (lui et son staff) font tout leur possible pour créer des opportunités afin de vendre leur art. Son agence compte 30 modèles/mannequins environ. Godson est aussi un diplômé en hôtellerie et tourisme, en électricité bâtiment et industrielle. Le coach ne se voit pas vivre uniquement du domaine le plus exigeant qui soit: « Ce n’est pas impossible, mais c’est difficile pour la communauté capoise ! » a-t-il déclaré, sans oublier sa fameuse déclaration : « il n’y a pas vraiment de revenus parce que les entreprises ne nous aident pas réellement, car elles demandent toujours des services gratuits ; nous faisons des rentrées principalement lorsque nous organisons nos propres activités ou encore lors des grands événements publics tels que : carnaval, Fête du drapeau, Foire ; nous travaillons aussi en collaboration avec certains hôtels de la ville. »

L’un des meilleurs points sur cette industrie, est la perception du monde envers cette dernière. On a souvent tendance à étiqueter celui qui se dit mannequin ou modèle, d’homosexuel qu’il soit célèbre ou pas. Ce qui est faux, d’après Thyssen Monroe BASTIEN, et aussi d’après beaucoup d’autres agents du domaine d’ailleurs. « Wi mwen viktim de sa deja, yo banm etikèt la deja » poursuit-il. Et il n’a pas hésité à mettre l’accent sur le fait que les jeunes sont souvent plongés dans un monde inconnu par manque d’information, comme quoi l’on doit toujours s’informer avant d’entreprendre ou de s’engager dans quoi que ce soit. Un conseil qui vaut de l’or !
Thyssen Monroe est le gagnant (soit en 2017) du fameux concours de beauté Mister Haïti où il a représenté sa ville natale (Cap-Haïtien). Actuellement, Monroe travaille d’arrache-pied sur sa marque de prêt-à-porter « TMB Brand », entrepreneur, photographe, un businessman qui lui aussi ne soutient pas la décision de vivre uniquement du mannequinat, d’ailleurs, il n’a pas voulu trop divulguer plus d’informations quant à ses revenus dans le domaine.



La ville regorge de mannequins, avec pas plus de 4 ou 5 agences, on compte des centaines de modèles (libres ou faisant partie d’une agence). Mais on se demande toujours est-ce qu’ils sont satisfaits de ce qu’ils font, tout et tout. Genaldy Rodolphe JEAN, un mannequin professionnel, libre, a tenu à répondre honnêtement comme suit : « Oui, d’un côté, je suis archi satisfait et fier simplement parce que je fais quelque chose que j’aime et qui me fait me sentir bien. Cependant, il n’y a pas de satisfaction au niveau professionnel, genre popularité, revenu etc. Je le dis parce que j’aspire encore à mieux. » il ne finit pas sans opiner sur le fameux point: 

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« Wi mw tande sa, ase souvan, sitou Okap, moun okap kalifye tout mannken gason de omoseksyèl, sa ki pa verite …. byen ke wi genyen, menm jan sa ye nan tout enstitisyon ak domèn, men se pa tout moun ki sa vrèman. Pour moi, personnellement, je n’ai pas reçu d’attaque directement, du genre mon nom n’a pas cité, etc. Mais il est bien regrettable et malheureux que cela se passe comme ça ; C’est-à-dire que les gens ne trouvent rien d’autre à faire que de lancer des allégations pour dénigrer les mannequins mâles ou le domaine ; le pire dans tout cela, c’est que fort souvent les personnes qui lancent ce genre de propos n’ont pas une tierce idée de ce qu’est le mannequinat véritablement. »


Genaldy a 19 ans, il est un étudiant en relations internationales, un entrepreneur, un musicien, chanteur. Il est un ancien élève du Collège Adventiste (CACH), une institution connue pour son nombre élevé de mannequins (ce qui est étonnant d’ailleurs). En 2017, Rodney Collection a réussi à faire son casting pour ses collections avec 90 % d’élèves venus de cette institution.

Aujourd’hui, les parents sont plus tolérants envers leurs enfants qui s’autoproclament mannequins et certains parents sont même allés applaudir ces enfants qui performent (oui, performer) devant une foule qui juge les pivots, les poses, les grands jetés et le déhanchement.

Il y a aussi ces mannequins d’occasions qui ne lâchent pas l’affaire malgré tout.
« Mw fè anpil eksperyans ak ajans Okap mwen wè se menm bagay yo men pa kont lè gen yon aktivite pa aza yo relem pafwa menm Potoprens.  » déclaration de Éric PHILLIPE, jeune mannequin libre de 23 ans, barman, et businessman. Éric affirme que sur une échelle de 100, il estimerait son niveau de satisfaction dans le domaine à 10 (pas étonnant jusque-là !). Mais il n’a pas peur d’évoquer son amour pour celui-ci ;
« Se yon bagay ke mwen renmen depi lè m gen konprann men yon gran sèm vin fèm tonbe damou li nèt » sans donner des détails sur ses revenus.
Cependant, Éric rêve de devenir célèbre. (mais à l’étranger)
Génaldy rêve de devenir une légende.
Et Monroe lui rêve de devenir une icône de mode.

Le mannequinat à Cap-Haïtien n’est guère un métier, mais un phénomène.

Grevdaly Colas

Wa Chandèl

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