Et en plus des effets du changement climatique

Les problèmes en Haïti sont multiples, nombreux et variés; mais l’on doit être certain qu’une crise aiguë et ponctuelle engendrée par l’un d’entre eux n’attenue ni n’élimine la probabilité d’occurrence d’autres crises, parfois simultanées ou alternées, à base des risques déjà existants et identifiés.

Des sinistrés après l’inondation de la zone de Blue Hills au Cap-Haitien, après de fortes pluies, avril 2021

La vulnérabilité de la population et du pays face aux risques climatiques, hydrométéorologiques ou géologiques interagit activement avec des facteurs démographiques pour complexifier les problèmes politico-administratifs, économico-sociaux et sanitaires: On ne peut pas se passer de la gestion des risques et catastrophes pour atteindre le développement durable; c’est la petite barrière confidentielle des plus avisés des décideurs progressistes pour atteindre un espace économique stable  avec la communauté ;  elle doit être bien entretenue et gardée jalousement.

Les catastrophes naturelles sont des bâtons dans les roues de la machine économique du pays, ce sont des fardeaux très pesants à supporter inutilement et perpétuellement, des trous dans notre gamelle ou des rongeurs à notre grenier. Les pertes qu’elles ont entraînées sont inestimables en termes de valeur humaine, culturelle et patrimoniale; ce sont d’énormes pertes et dommages en capital humain et financier, des fuites colossales de devises dans la démolition, la réparation et la reconstruction physique des structures pour valeurs chiffrées à des millions de dollars.

Les catastrophes naturelles constitueraient l’un des puissants adversaires du développement du pays, du développement de l’être Haïtien et de l’économie haïtienne.

Au milieu des vicissitudes politiques d’Haïti depuis très longtemps, la vulnérabilité de la population a fortement pris chair. De nos jours, à cause du changement climatique, les désastres naturels sont de plus en plus fréquents. Uniquement pour la période des deux (2) premières décennies du XXIeme, pas moins de 18 142 évènements naturels dommageables ont été recensés dans le monde entier dont environ une vingtaine (désastres naturels majeurs) en Haïti (CATNAT, mars 2021). En voici quelques exemples avec une estimation financière de leurs dommages:

Innondation à Blue Hills au Cap-Haitien

📌 En septembre 2004, l’ouragan Jeanne qui a frappé de plein fouet la partie septentrionale du pays et touché très sévèrement la cité de l’indépendance – la ville des Gonaïves, a provoqué des dégâts estimés à 7% du PIB (BRH, IHSI);

📌 Au cours des mois d’août et de septembre 2008, trois (3) ouragans (Gustav, Hanna et Ike) et la tempête Fay ont sévèrement saccagé à nouveau les départements du grand Nord, et la ville des Gonaïves a été anéantie une seconde fois. Les pertes et dommages ont été estimés à 15% du PIB de 2007 (ISHI, Le Nouvelliste, 2018)

📌 En 2012, les ouragans Isaac et Sandy ont occasionné des pertes et dommages estimés à environ 10% du PIB (IHSI)

📌 Le 12 janvier 2010, le puissant séïsme a provoqué une perte économique de 120% du PIB (FMI, 2010).

📌 Et tant d’autres désastres naturels, de conséquences de catastrophes et de pertes intangibles et inestimables…

J’aimerais attirer l’attention sur la ville du Cap-Haïtien qui a été et est aujourd’hui encore sous de grandes et graves menaces de catastrophes naturelles (séismes très puissants et tsunamis), pour susciter des réminiscences désagréables.

Les devoirs de mémoire sont très rares chez nous, c’est peut-être pourquoi les évènements malheureux se répètent avec les mêmes effets ou pire encore.

Pas assez d’écrits, pas de monuments, pas de commémorations, pas assez de vulgarisation, pas de stèles, aucuns souvenirs, aucun respect pour les âmes victimes, aucun n’estime pour la vie des vivants, aucunes leçons apprises ou leçons perdues dans l’oubli…

Construction anarchique sur la baie du Cap-Haitien, route de Rival.

IMPOSSIBLE ! …mais c’est INCROYABLE !

Aucun souvenir ni de devoir de mémoire pour le terrible tremblement de terre du 7 mai 1842 au Cap-Haïtien qui a littéralement détruit cette ville redevenue aujourd’hui plus que jamais vulnérable et très peu résiliente aux aléas sismiques à cause de l’insouciance et l’ignorance des citoyens (dirigés et dirigeants, intellectuels et analphabètes).

Plus d’une décennie après la tragédie immense du séisme du 12 janvier 2010 qui a ébranlé Haïti depuis son épicentre dans le département de l’ouest où l’existence de centaines de milliers de personnes s’est écoulée effroyablement, Port-au-Prince ne s’en est pas encore remis de son état. Bien au contraire, ils s’y sont installés confortablement le chaos, l’instabilité et l’insécurité de toutes sortes.

Encore il n’y a aucun devoir de mémoire ni pour apaiser la douleur des vivants ni pour saluer la mémoire des disparus ni pour témoigner les évènements et les faits à la génération future pour pouvoir éviter les mêmes effets de conséquences à notre descendance.

La fatalité des catastrophes naturelles réside dans la banalité de la mentalité des décideurs.

La gestion des risques et catastrophes répond avec précision l’énigme vivante du développement durable en Haïti sur plusieurs axes.

Ainsi faudrait-il qu’on soit décidé et déterminé pour agir harmonieusement. Avant même l’institutionnalisation et l’organisation générale et nationale de la gestion des risques et désastres, en toute urgence et préliminairement, il faudra remettre à jour les plans de secours et d’intervention d’urgence des hôpitaux (plan blanc: HUJ, HCBH, Hop. Milot, etc.), du Centre Ambulancier National (plan rouge), de la protection civile, du corps des pompiers (pompiers de ville et pompiers de l’aéroport), de la PNH, des ports et aéroports. Il devra avoir un Centre de régulation ou de commandement général pour la coordination parfaite et synchronisée des différentes interventions lors des urgences et des crises.

Sachez-le bien et souvenez-vous en pour toujours, vous qui habitez la ville du Cap-Haïtien : « chaque minute qui se montre sur votre horloge peut être la dernière qui précède le cataclysme dans cette ville. »

Dr Guerlency Michel

Médecin Specialiste

Gestion Risques et Catastrophes

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